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N° 95 - du 12 juin 2008 au 18 juin 2008

L'AIR DU TEMPS

La controverse de Saragosse

En lisant le supplément culturel d’El País, samedi 7 juin, on a eu le sentiment que la critique architecturale n’était pas morte. William J. R. Curtis s’y adonnait à une démolition dans les règles des pavillons construits pour l’Exposition internationale de l’eau, qui ouvre ses portes dans la capitale de l’Aragon. Le pont de Zaha Hadid ou la tour de l’Eau d’Enrique de Teresa y étaient comparés à des immeubles de centre commercial ou de parc d’attractions : en d’autres mots, des œuvres pensées comme des « coups » et non en fonction de leur intégration future dans le tissu de la cité. Seuls trouvaient grâce aux yeux de l’auteur le pavillon espagnol de Patxi Mangado, avec ses colonnes couvertes de céramique, et le centre de congrès de Nieto et Sobejano. Dans un monde où l’imbrication des réseaux et des intérêts pousse souvent à dire du bien par calcul, la critique libre est comme une bouffée d’air frais. Avec un effet inattendu : pour certains, dont le soussigné, cet article au vitriol, publié en première page, aura agi comme un aiguillon. Allons voir de quoi il retourne !

  • Expo Saragosse 2008 « Eau et développement durable » se tient du 14 juin au 14 septembre 2008 sur une surface de 25 hectares

    Le site d'Expo Saragosse 2008

  • EXPOSITIONS

    Un Orient très british

    LONDRES – Dans le domaine de la peinture orientaliste, chaque pays a ses champions. La France a évidemment Gérôme et Fromentin et s’est découvert une passion récente pour Etienne Dinet. L’Italie a de brillants aquarellistes. Et l’Angleterre ? La Tate Modern, qui consacre une rétrospective à ce genre, permet de découvrir ceux qui se cachent derrière Lord Leighton ou le préraphaélite Hunt et son fameux Bouc émissaire. Un panorama varié, couvrant un siècle et demi (1780-1930), ayant dans l’Egypte son motif le plus récurrent, est présenté à travers 120 œuvres. Il y a là des huiles précises de John Frederick Lewis, des « scoops » de David Roberts, premier à dessiner Petra, des aquarelles rapidement brossées d’Edward Lear, voyageur au long cours, qui passa des années au Levant (de l’Albanie aux pyramides) avant de finir sa vie dans les fleurs de San Remo. Hammams, scènes de rue, Anglais en costumes locaux, paysages de Terre sainte sont les motifs les plus fréquemment traités… après le harem, bien sûr.

  • British Orientalist Painting à la Tate Britain, du 4 juin au 31 août 2008

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  • Balthus centenaire

    MARTIGNY (SUISSE) – C’est le peintre de la rue moderne – bien que figée dans une atmosphère de la Renaissance italienne -, des chats, des paysages suisses qu’il a longtemps côtoyés, mais aussi des adolescentes impudiques. Un genre qui n’est pas franchement à la mode et qui lui donne une touche sulfureuse, ce qui n’est certainement pas pour déplaire à Jean Clair, néo-académicien et commissaire de l’exposition avec Jean Radrizzani. Tous deux ont rassemblé des œuvres maîtresses venues de Paris, New York, Londres ou Berne pour fêter trois anniversaires : le 100e de la naissance de Balthus (le 29 février 1908), le 25e de sa « redécouverte » (l’exposition de 1983 à Beaubourg) et le 30e de la fondation Gianadda. Foncièrement figuratif, Balthus, qui, au cours de sa longue vie, a été proche de personnages aussi dissemblables que Rilke, Giacometti et Artaud, a également produit de nombreux dessins une salle leur est consacrée.

  • Balthus à la fondation Gianadda, du 13 juin au 23 novembre 2008

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  • Dieux des mers chaudes

    PARIS – Le sacré est en vogue. Abordé sous ses facettes moderne et occidentale par le centre Pompidou, il offre au musée du Quai Branly une plongée dans l’exotisme polynésien. Sous le titre « Arts et divinités », 250 pièces provenant de plusieurs musées internationaux, dont le British Museum, explorent la période 1760-1860. Cet âge d’or n’est pas choisi au hasard : c’est à ce moment que les colons et les missionnaires affluent dans ces îles lointaines, bouleversant des traditions immémoriales. Ces parures végétales ou animales, ces pendentifs en néphrite ou en ivoire de cachalot, ces bols grimaçants, ces images façonnées dans la plume, la fibre et la nacre, qui servaient à donner un visage aux dieux et à les « apprivoiser », vont peu à peu être refoulés du quotidien. Quittant les places et les cases, ils vont en revanche faire une entrée remarquée dans les collections européennes, comme objets d’art ou comme trophées arrachés au paganisme par les évangélisateurs…

  • Polynésie, arts et divinités au musée du Quai Branly du 17 juin au 14 septembre 2008

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  • VENTES

    Rouen en bleu

    PARIS – Près d’une centaine de pièces de faïence de Rouen, en traditionnel camaïeu bleu : on n’avait probablement pas vu cela depuis la grande « Exposition rétrospective de la faïence française », tenue en 1932 au pavillon de Marsan. A l’époque, la production rouennaise représentait un quart des 3000 pièces exposées, ce qui montre l’estime dans laquelle elle était tenue. La collection proposée le 18 juin chez Sotheby’s permet de rappeler que c’est bien à Rouen que fut réalisée la première porcelaine tendre française : Louis Poterat en a produit à partir de 1673, bien après Florence mais avant Saint-Cloud. Il travaillait dans un si grand secret, une fois ses ouvriers partis, qu’il reste bien peu de pièces de lui. Il n’est donc pas étonnant que le rare pot cylindrique de 10 centimètres de haut, attribué à son atelier vers 1690, bénéficie de l’estimation la plus haute de la vente, à 100 000 €. Parmi les autres lots - saupoudreuses, assiettes à décor niellé, aiguières en forme de casque, boîtes à épices, et même un amusant pichet trompeur – certains seront accessibles à partir de 2000 €.

  • Collection d’un amateur – Rouen 1680-1740 : de la première porcelaine à l’âge d’or de la faïence chez Sotheby’s Paris, le 18 juin 2008

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  • L’ARTISTE DE LA SEMAINE


    Why does strange fruit always look so sweet?, œuvre réalisée pour le musée archéologique de Lattes. Photo : Montpellier Agglomération

    Johan Creten : Rabelais mis en céramique

    La « Dégelée Rabelais » est une originale manifestation d’art contemporain mise sous l’égide de l’auteur du même nom (tout comme « Chauffe Marcel » avait invoqué Duchamp en 2006). Elle rassemble une trentaine d’expositions de tout type en Languedoc-Roussillon. C’est dans ce cadre que le plasticien belge Johan Creten (né en 1963) se mesure à Gargamelle, la mère de Gargantua. Passé par la villa Médicis en 1996, Creten a effectué une résidence à la manufacture de Sèvres en 2004-2005 où il a utilisé des techniques traditionnelles comme le pastillage (modelage à la main) pour produire des sculptures - peu traditionnelles ! – comme une Vulve de roses, assemblage de fleurs de céramique blanche. Gargamelle est soumise à une opération similaire, pour un résultat de grandes dimensions, plein de mamelons, aux tonalités sombres.

  • Musée archéologique Henri Prades à Lattes (Hérault), jusqu’au 28 septembre 2008
  • A voir aussi, à partir du 26 juin 2008, l’installation de Johan Creten au musée de la Chasse et de la Nature

  • LIVRES

    Cerredo, in memoriam

    Il est mort en 2005, à 48 ans, tué par un cancer foudroyant, laissant une femme et quatre enfants. Ceux qui l’ont connu regrettent un homme volubile, enthousiaste, généreux. Ceux qui s’intéressent à la peinture regrettent un artiste talentueux qui a eu le temps de produire une œuvre abondante. Né à Buenos Aires, Fabian Cerredo a marié dans son art l’hyperbole sud-américaine et l’introspection européenne - si tant est que de telles catégorisations aient un sens. D’un côté, des séries charnelles et abondantes inspirées de Cent ans de solitude ou de Gargantua avec des femmes florissantes et des forêts vierges. De l’autre des portraits techniquement impressionnants évoquant Vélasquez ou Bacon, des scènes d’opéra ou de mythologie. Avec, toujours, une pâte abondante, une texture lourde modelée quasiment comme des bas-reliefs. Ce livre, par des auteurs qui l’ont connu et qui ne cachent pas leur passion, le fait revivre : un premier pas vers le catalogue raisonné ?

  • Fabian Cerredo, par Emmanuel Daydé et Françoise Monnin, avant-propos de Zoé Valdés et Fernando Arrabal, éditions de l’abbaye d’Auterive, 2008, 240 p., 53 €, ISBN : 2-9524823-5-7

  • BRÈVES

    LE HAVRE – Les bâtiments emblématiques de la ville normande, classée au patrimoine de l’Unesco, dont l’hôtel de ville d’Auguste Perret et le Volcan de Niemeyer, bénéficient d’une mise en lumière spécifique à partir du 14 juin par le collectif Skertzo.

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    LONDRES – La Grosvenor Antiques Fair, qui réunit 85 antiquaires internationaux à Grosvenor House, se tient du 12 au 18 juin. L’exposition est consacrée au mobilier et aux œuvres d’art de Woburn Abbey, grande demeure anglaise appartenant au duc de Bedford.

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    LONDRES – L’International Ceramics Fair est organisée du 12 au 15 juin au Park Lane Hotel. Réunissant une quinzaine d’antiquaires spécialisés, elle comporte également un programme de conférences.

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    PARIS – Rémi Le Fur, anciennement à Artcurial, a créé avec Pierre Cardin une nouvelle maison de ventes. Après un baptême du feu le 31 mars au château de Versailles, avec la dispersion du décor de l’exposition « Quand Versailles était meublé d’argent », la maison tient sa première grande vente le 17 juin avec des autographes et du mobilier français du XVIIIe siècle.

    Le catalogue (payant) sur le site de la Gazette Drouot

    PARIS – Au cours des 30 dernières années de sa vie, jusqu’en 1975, Calder se consacre quasi-quotidiennement à la gouache, faisant naître un univers poétique singulier, distinct de son œuvre sculpté. La galerie Brame et Laurenceau (68 boulevard Malesherbes, 75008) présente jusqu'au 4 juillet une quarantaine de gouaches représentatives de toute cette période, appartenant à des collections privées.

    Le site de la galerie

    ROME – Frédéric Mitterrand, écrivain, journaliste et réalisateur, a été nommé directeur de la Villa Médicis, l’académie de France à Rome, où il remplacera Richard Peduzzi. L’annonce que le poste allait être attribué à Georges-Marc Benamou, ancien conseiller culturel de Nicolas Sarkozy, avait soulevé une vague de protestations en mars dernier.

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    SUR ARTAUJOURDHUI.INFO

    Cette semaine, ne manquez pas

    BERTRAND MEUNIER - PAYSANS ORDINAIRES

    CHALON-SUR-SAONE - Les transformations accélérées de la Chine ont creusé les inégalités, créé un nouveau prolétariat et destructuré la paysannerie. Le musée Nicéphore Niépce présente le travail de Bertrand Meunier, du collectif Tendance floue, qui se rend depuis dix ans dans le pays pour en enregistrer les mutations sociales.

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    BRUNO LUCCHI

    MOUGINS - L'Espace culturel expose les œuvres du sculpteur italien, marqué par ses origines alpines et fasciné par les mythologies méditerranéennes. Travaillant différents matériaux, dont la glaise et le bronze, Bruno Lucchi s'interroge sur les rapports immémoriaux entre le masculin et le féminin, entre l'homme et la nature.

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    L'OEIL DE SIMENON

    MOUGINS - On le connaît évidemment comme écrivain mais Simenon a eu bien d'autres cordes à son arc. Le musée de la Photographie porte l'éclairage sur son activité de reporter-photographe qui l'a mené, surtout dans les années trente, à travers la planète, des canaux bourguignons au Congo belge, d'Ecosse en Egypte.

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    CHARLES FRECHON

    ROUEN - Un temps marqué par le divisionnisme de Seurat, Charles Fréchon (1856-1929) est aujourd'hui reconnu comme l'un des grands peintres de l'école de Rouen. Le musée des Beaux-Arts lui consacre une rétrospective longtemps attendue, avec environ 80 tableaux et des fusains, dans lesquels éclate son amour pour la campagne normande.

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