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N° 360 - du 9 octobre 2014 au 15 octobre 2014

L'AIR DU TEMPS

Truffaut : humain, profondément humain

PARIS – Le cancre sauvé grâce à sa passion, le chroniqueur infatigable de l’amour, le fresquiste des Sixties à la française. François Truffaut est tout cela à la fois mais c’est avant tout sa dimension humaine qui transpire de la rétrospective que lui consacre la Cinémathèque française. Dès l’entrée, avec le geste tendre par lequel il recadre une ravissante Jacqueline Bisset, le ton est donné. Ses carnets d’enfance dans lesquels il consigne les pièces de théâtre vues, la photo de la bande de copains animant le festival du film maudit à Biarritz en 1949, la lettre hésitante de Jean-Pierre Léaud lui demandant de faire un bout d’essai, un télégramme ému de Hitchcock… Davantage que d’extraits de films, l’exposition vit grâce à ces documents tirés des archives. Qui permettent de rappeler au passage que Truffaut fut aussi acteur (notamment dans Rencontres du troisième type de Spielberg) et critique de premier plan – son Hitchcock reste une référence incontournable.
François Truffaut à la Cinémathèque française, du 8 octobre 2014 au 25 janvier 2015. Catalogue Flammarion (avec nombreux témoignages inédits de ses proches), 240 p., 35 €.

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EXPOSITIONS


Saint Louis. Normandie ou Île-de-France, vers 1305- 1310. Pierre, H. 1,57 ; l. 0,443 ; Pr. 0,36 m. Mainneville, église Saint-Pierre. © RMN-Grand Palais (Médiathèque de l’Architecture et du patrimoine/Jean Gourbeix.

Saint Louis, retour sur le mythe

PARIS – C’est le seul roi français canonisé… Mais l’influence de saint Louis ne se limite pas à la religion et à ses deux croisades (il mourut à Tunis en 1270, pendant la seconde). Roi centralisateur, administrateur et justicier, il fut aussi un constructeur : on lui doit notamment la Sainte-Chapelle pour loger les reliques de la couronne d’épines (achetées à Baudouin II de Constantinople), mais aussi l’abbaye de Royaumont et la cité d’Aigues-Mortes. La Conciergerie, pour célébrer le huitième centenaire de la naissance du roi «prudhomme», a réuni vitraux, manuscrits (dont celui de la Somme contre les gentils de saint Thomas d’Aquin), reliquaires, sculptures… et tout l’attirail du mythe, notamment les peintures troubadour des siècles plus récents.
Saint Louis à la Conciergerie, du 8 octobre 2014 au 11 janvier 2015.

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Ana Rajcevic, Animal - The Other Side of Evolution, 2012. Photo: Woland.

La mode d’après-demain

ROTTERDAM – Parmi les stylistes exposés, Iris van Herpen est probablement celle qui symbolise le mieux la mode du futur avec son recours aux matériaux les plus divers, qui lui permettent de créer de véritables sculptures à porter. Mais c’est une véritable armada de talents internationaux qui est ici réunie, comprenant des Européens (la Polonaise Olek), des Asiatiques (les Chinois de Digest Design) ou des Latino-américains (la Péruvienne Lucia Cuba) pour établir un état des lieux. Nouvelles technologies, passerelles jetées entre les arts, interrogations commerciales et politiques : la mode mène à tout…
The Future of Fashion is Now au musée Boijmans Van Beuningen, du 11 octobre 2014 au 18 janvier 2015.

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Edgar Degas, La classe de ballet, vers 1880, Huile sur toile, 82,2 x 76,8 cm, Philadelphie, Philadelphia Museum of Art © Philadelphia Museum of Art.

Durand-Ruel, impressionniste n°1

PARIS – Comme nous l’avons récemment rappelé dans la chronique consacrée à ses mémoires, il fut le marchand emblématique des impressionnistes. Mais Durand-Ruel (1831-1922) fut plus qu’un marchand. Les toiles rassemblées, provenant pour beaucoup de musées américains ou de collections particulières – chefs-d’œuvre de Monet, Pissarro, Manet, Degas – constituent un vrai musée (comme lors de la célèbre rétrospective aux Grafton Galleries de Londres en 1905). Ce qui frappe autant que la qualité des œuvres, c’est la passion authentique de Durand-Ruel, qui était bien plus que marchand. La Jeune Fille endormie de Renoir ? La Danseuse de Manet ? La Vue du Mont-Blanc de Rousseau ? Il racheta toutes ces œuvres, même tardivement et à un prix élevé, pour sa collection personnelle…
• i>Paul Durand-Ruel, le pari de l’impressionnisme au musée du Luxembourg, du 9 octobre 2014 au 8 février 2015.

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VENTES


Lot 120 : rare okimono en ivoire de quatre squelettes jouant au domino. Période Meiji (fin du XIXE siècle). Estimation : 20 000-30 000 £.

Le Japon, côté asobi

LONDRES – On connaît les Japonais pour gens sérieux mais il est chez ce peuple une facette facétieuse… C’est ce que prouve la vente thématique de Christie’s qui fait le grand écart en termes temporels, présentant plus de deux millénaires d’objets usuels ou exceptionnels. Tous sont reliés par un esprit badin, léger, que l’on pourrait assimiler à l’esprit français du XVIIIe siècle. De ce cheval en céramique du VIIe siècle à ce dragon articulé en fer du XVIIIe siècle, de ces étuis en laque à ces boîtes à thé du XVIIe siècle, des peintures sur soie jusqu’à la production de l’artiste gutai Kazuo Shiraga , qui combattit en 1955, en pantalons blancs, contre un tas de boue, c’est la même vision asobi du monde qui s’incarne. Les estimations sont aussi variées que les lots : l’asobi a toujours la même valeur, mais son prix change…
Asobi chez Christie’s South Kensington, le 15 octobre 2014.

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LES ARTISTES DE LA SEMAINE


Le chapeau de Mary Reid Kelley. Photo RP.

Mon musée dans un chapeau

En 1962, Robert Filliou demanda à ses amis artistes d’imaginer la Galerie légitime, un musée portatif contenu dans un chapeau melon. Un demi-siècle plus tard, le commissaire Raphaël Cuir propose le même exercice à des artistes du monde entier. Quelques stars ont été convoquées, dont Yoko Ono, Orlan et Ben, lequel joue le rôle de mémoire vivante puisqu’il participa à l’événement fondateur. Mais l’exposition repose surtout sur de jeunes créateurs, déjà connus comme Frank Scurti ou Jeanne Susplugas, ou à découvrir comme l’Américaine Tracey Snelling, qui restitue une ambiance de la Route 66 avec motel à néon, ou Yasmin Jahan Nupur, du Bangladesh, qui recourt à la broderie traditionnelle pour évoquer la mondialisation. Cette allégorie du nomadisme se devait d’être elle-même mobile : la scénographie des architectes Jakob+MacFarlane, un jeu de construction démontable à base de pyramides, se prête à l’errance…
Chapeaux, un hommage à Robert Filliou à la Vitrine, du 3 octobre au 21 novembre 2014.

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LES VERNISSAGES DE LA SEMAINE

LIVRES

Dans les yeux de Michel Serres

Esprit éclectique et encyclopédique, l’académicien Michel Serres (né en 1930) n’aime rien tant que secouer les idées reçues. Après le succès phénoménal de Petite Poucette (plus de 220 000 exemplaires), réflexion sur les jeunes générations et les nouvelles technologies, il s’attaque dans son dernier opus à l’image. Fondé sur une iconographie inattendue – elle mêle une anamorphose de Jules Romain, une photo du monolithe d’Ayers Rock en Australie ou la place de la Concorde vue par un faucon – l’ouvrage pose une question que l’on devrait se poser plus souvent : qu’est-ce que voir ? Avec la collaboration de Dassault Systèmes, l’auteur montre les progrès extraordinaires des technologies virtuelles (par exemple pour explorer la grotte de Lascaux sans s’y rendre). En aparté, lors de la conférence, comparant les «performances» académiques des aveugles et des sourds-muets, Michel Serres en arrivait à une conclusion troublante pour notre monde hyper-visuel : aussi séduisante soit-elle, l’image semble véhiculer moins d’informations que le son…
Yeux, par Michel Serres, éditions du Pommier, 2014, 216 p., 39 €.

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