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N° 434 - du 2 juin 2016 au 8 juin 2016


Jérôme Bosch, Saint Jean-Baptiste en méditation, huile sur panneau, 48 x 40 cm, Fundación Lázaro Galdiano, Madrid.

L'AIR DU TEMPS

Bosch, roi du Prado

MADRID - Peu d’expositions notables de Bosch pendant des décennies (depuis celle, fondatrice, de Bois-le-Duc en 1967)… Et voici que 2016 nous offre deux rétrospectives magistrales, réunissant chacune la quasi-totalité de la maigre production de l’artiste (moins de quarante œuvres). La raison en est évidemment le 500e anniversaire de sa mort. Mais aussi la volonté de deux lieux de se distinguer : son bercail néerlandais de Bois-le-Duc (en février dernier) et le musée du Prado, dépositaire du plus bel ensemble de l’artiste (en raison de l’amour porté par Philippe II au peintre du « bizarre »). Cette concurrence et les passes d’armes médiatisées - les responsables du Bosch Research Project ont remis en cause l’attribution de trois œuvres appartenant au Prado - ont eu un effet salutaire. Les obscures querelles de spécialistes se sont invitées sur la place publique. Le moment le plus passionnant de la conférence de presse du Prado, le 27 mai, a été la réfutation par la commissaire Pilar Silva des suspicions hollandaises. Les Tentations de saint Antoine, la table des Sept Péchés capitaux et l’Extraction de la pierre de folie ont été passées au peigne fin. On a convoqué les radiographies et la dendrochronologie, on a décrypté les écrits de Felipe de Guevara, on a analysé le rendu pictural des feuilles d’arbre. La polémique n’est pas près de s’apaiser mais cette enquête nous rend encore plus vivant le monde de l’étrange M. Bosch…
El Bosco. La exposición del V centenario, au musée du Prado, du 31 mai au 11 septembre 2016.

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EXPOSITIONS


Charles Le Brun, Les différentes nations de l’Asie, crayon noire, craie blanche et sanguine sur papier, 1,680 m x 2,350 m, Musée du Louvre ©RMN-Grand Palais - Photo C. Chavan

Le Brun, champion du carton

MADRID - Ceux qui ont déjà vu ses grandes compositions au Louvre Lens (qui lui consacre une rétrospective) feraient bien de faire le déplacement madrilène. Une exposition très ciblée y montre en effet les « cartons » de Le Brun. Ce terme presque péjoratif n’évoque pas un déménagement mais les dessins préparatoires que le peintre favori de Louis XIV réalisa pour le château de Versailles, notamment pour la Galerie des Glaces. Habituellement, ces esquisses à l’échelle un étaient détruites après utilisation. Dans le cas de Le Brun, elles ont été conservées en grande quantité - on en compte plusieurs centaines. Elles nous permettent de comprendre les techniques de report - généralement au moyen de petits trous qui permettaient de calquer en pointillés le dessin sur le mur. Elles ont un autre intérêt majeur : elle nous font connaître des fresques disparues comme celles de l’escalier des Ambassadeurs, que Louis XV sacrifia à un nouvel aménagement.
Le Brun. Dibujar Versalles au Caixa Forum, du 16 mars au 21 juin 2016.

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Cirilo Martínez Novillo, Garçon de Cuenca, 1943, huile sur carton, 73 x 60 cm, collection particulière, Madrid.

L'art sous Franco

MADRID - S’il est une époque de l’art espagnol qui est mal connue, c’est bien celle des années cinquante. La péninsule est alors sous la chape de plomb de Franco et on l’imagine dans une léthargie sans espoir. Ce n’est pas ce que montre cette très riche exposition. Sous le titre Campo cerrado (Champ clos), emprunté à un roman de Max Aub, elle mêle un art officiel ou académique (Zuloaga) qui a du mal à s’affirmer au niveau européen (la participation espagnole à la Triennale de Milan de 1951 sera considérée comme une victoire symbolique pour le régime) et une recherche architecturale non négligeable (l’Espagne a alors une Direction générale des régions dévastées, qui construit à tour de bras). Mais aussi les ferments d’une contestation qui s’exprime par des revues satiriques (La Codorniz) et les premières œuvres d’artistes comme Tápies et Saura. A côté d’œuvres connues (L’Enigme d’Hitler de Dalí), elle fourmille de raretés pour le public étranger : Le Dernier Cheval, un film de 1950 d’Edgar Neville, des reportages de l’Istituto Luce, des maquettes ou des tableaux Benjamín Palencia et Francisco Nieva, interprètes du « postismo », ce surréalisme tardif à l’espagnole.
Campo cerrado. Arte y poder en la posguerra española, 1939-1953 au musée Reina Sofía, du 27 avril au 26 septembre 2016.

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Joaquín Torres-García, Construction avec triangle, 1929, huile sur toile, 46 x 38 cm. Museo Torres García, Montevideo. © Sucesión Joaquín Torres-García, Montevideo 2016.

Torres-García, virtuose de la géométrie

MADRID - Il est le plus célèbre des peintres uruguayens, un nom qui s’est inscrit au panthéon national à côté de ceux de Juan Carlos Onetti (écrivain) ou d’Alcides Ghiggia (footballeur). S’il est surtout connu pour ses compositions en forme d’échiquiers, de grilles, Torres-García (1874-1949) a suivi pas à pas les avant-gardes du XXe siècle. Dans l’entre-deux-guerres, on le rencontre à Bruxelles, à Paris, à Barcelone, à New York, où il est (un peu) expressionniste, (un peu) cubiste, (beaucoup) constructiviste, mais aussi peu écrivain, menuisier… Toiles, dessins, livres en exemplaires uniques, jouets de bois : la rétrospective, qui provient du MoMA, montre l’intégralité de son parcours dans les salles de la Fundación Telefónica récemment dessinée par les architectes Quanto Arquitectura et Moneo Brock Studio, avec son spectaculaire escalier de métal.
Joaquín Torres-García, un moderno en la Arcadia à la Fundación Teléfonica, du 19 mai au 11 septembre 2016.

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FESTIVAL


Francisco Gómez, Quartier de la Concepción. Madrid, 1966 © Archivo Paco Gómez / Fundación Foto Colectania

Photo España : où va l’Europe ?

MADRID - C’est sa dernière année de teenager : le festival Photo España, né en 1998, propose cette année sa 19e édition. La recette est restée la même : fédérer une grande quantité d’expositions autour d’une thématique assez souple. Après le continent latino-américain en 2015, c’est l’Europe et son identité plurielle qui sont au programme. Outre les regards de personnalités aussi variées que Bernard Plossu, Boris Mikhailov et l’Espagnole Linarejos Moreno, une section consacrée aux migrations est tout à fait dans l’air du temps (avec notamment les collections du musée Nicéphore Niépce ou les productions d’Antoine d’Agata, John Batho, Robbins & Becher). Parmi les raretés, on signalera le reportage au long cours de Maris Maskalans sur le village de Nagli en Lettonie (académie de San Fernando), les archives du photographe Paco Gómez, décédé en 1998 (salle Canal), ou la description de l’Espagne franquiste par Juana Biarnés, née en 1935 et considérée comme l’une des premières femmes photoreporters du pays (théâtre Fernán Gómez).
Photo España a lieu du 1er juin au 26 août 2016.

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LIVRES

Carlos Saura, dures années 50

Dans la famille Saura, on connaît Antonio, le peintre (1930-1998) et Carlos le cinéaste (né en 1932), auteur de Cría Cuervos (1976) ou de La Chasse (1966), portrait impitoyable de la haute bourgeoisie franquiste. Avant de se faire un nom au septième art, délaissant ses études d’ingénierie, le cadet avait tenté sa chance en photographie. Attiré par le courant néo-réaliste, marqué par le documentaire de Buñuel, Tierra sin pan, sur la région arriérée des Hurdes, le jeune Carlos Saura porte un regard sans concession sur son pays au lendemain de la guerre. Les cadrages sont déjà cinématographiques, les sujets précurseurs (comme celui sur un village d’Aragon, qui allait être victime de la rupture du barrage de Ribadelago en 1959) et l’empathie sensible avec les personnages qu’il croque - paysans, mineurs, écoliers ou femmes en noir - et l’on pense aussitôt aux ouvrages comparables de Cartier-Bresson ou Eugene W. Smith. Sobrement titré España Años 50 en espagnol, il est devenu Vanished Spain en anglais. Dans ces images au grain superbe, il y a effectivement cette dimension d’un monde disparu…
Vanished Spain, photographies de Carlos Saura, Steidl, 2016, 256 p., 65 €.

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LES VERNISSAGES DE LA SEMAINE


KINESIS LOUIS HENDERSON

2 juin 2016 - PARIS Les Lilas - Espace Khiasma

Première rétrospective en France du cinéaste britannique, auteur de Black Code

Notre sélection de nouvelles expositions

EN BREF

BARCELONE - Loop, le salon de la vidéo et de l'image animée, a lieu du 2 au 4 juin 2016.

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BERLIN - La 9e Biennale d'art contemporain se tient du 4 juin au 18 septembre 2016.

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BORDEAUX - La Cité du vin, dessinée par l'agence XTU, a été inaugurée le 1er juin 2016.

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BRUXELLES - Cultures, salon arts non européens, a lieu du 8 au 12 juin 2016.

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FONTAINEBLEAU - Le Festival de l'histoire de l'art se tient du 3 au 5 juin 2016 avec pour thématiques principales l'Espagne et le rire.

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FRANCE - La manifestation Rendez-vous aux jardins, qui permet de découvrir 2300 jardins à travers le pays, a lieu du 3 au 5 mai 2016.

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LA GACILLY - Le festival photographique Peuples et Nature a lieu du 4 juin au 30 septembre 2016.

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MONTRÉAL - La 3e Biennale internationale d'art numérique a lieu du 3 juin au 3 juillet 2016.

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