Accueil > Le Quotidien des Arts > Paris vaut bien un café

Expositions

Paris vaut bien un café

Deux siècles de vie sociale de la capitale revivent à travers l'évocation de ces fameux établissements que furent le Procope, le Tortoni ou le Flore.


Phénix à musique datant de 1906,
collection particulière
PARIS. L’exposition des cafés parisiens proposée par l’Association artistique de la Ville de Paris, à la mairie du VIe arrondissement, permet de se faire une idée de l’histoire de ces établissements familiers mais qui ont subi ces dernières décennies une telle métamorphose qu’il est bien difficile de se faire une idée de ce qu’ils furent par le passé. Apparus à la la fin du XVIIe siècle, après de timides tentatives (vente ambulante, échoppes au sein de la foire Saint-Germain), les cafés vont avoir une importance sociale considérable à la veille de la Révolution (ils vont même avoir une incidence sur le cours des événements), mais aussi littéraire et, plus généralement culturelle. A peine la première maison de café est-elle crée en 1676 par un Arménien, Pascal Harouthioun, que l’idée est reprise : environ cent cinquante établissements voient le jour à la fin du XVIIIe siècle. Le plus célèbre d’entre eux, le Café Procope, naît en 1684 en face du Théâtre-Français, dont il devient aussitôt l’antichambre. Avec le Procope apparaît non seulement le premier café élégant, mais aussi le prototype du café littéraire, contre-feu des salons et foyer permanent des gens de lettres comme des nouvellistes, des acteurs, des musiciens, des hommes politiques et, un peu plus tard, des peintres et des sculpteurs.


Café de Flore © D.R
Les zincs, de Maïakovski à Simone de Beauvoir
A peu près tous les aspects de la vie de café sont présentés ici, du décor du plus modeste aux fastes des plus cossus, les objets qui y ont pris place au fil des siècles, leur mobilier, à commencer par le zinc ou le haut pupitre de la caissière, le percolateur, qui est inventé pendant le dernier tiers du XIXe siècle. On découvre les différents styles de café, du bougnat à l’aspect rustre au cabaret montmartrois, des cafés distingués du Palais-Royal aux modestes bistrots de quartier. On découvre aussi les cafés littéraires (on aurait aimé à ce propos que cette section soit plus nourrie), les représentations que les artistes ont pu en faire, de Forain à Pascin, les hauts lieux qui ont construit leur mythologie – Montmartre au temps de la Nouvelles Athènes puis du Chat noir, Montparnasse, avec la Rotonde des cubistes, le Sélect des écrivains américains de la génération perdue, la Coupole où Cocteau, Aragon, Miller, Derain ont croisé Maïakovski et les artistes du groupe Cercle et Carré, Saint-Germain-des-Prés enfin, le Café de Flore où Apollinaire avait ses habitudes et où Jean-Paul Sartre est venu travailler avec Simone de Beauvoir pendant l’Occupation, Lipp qui a abrité Léon-Paul Fargue, le « piéton de Paris», le monde politique et le monde du spectacle, les Deux Magots qui a reçu les intellectuels émigrés de toute l’Europe entre les deux guerres, de Stefan Zweig à Josef Roth. Un très riche catalogue, sérieusement bâti, accompagne cette manifestation qu’aucun Parisien amoureux de son passé ne saurait manquer.


 Gérard-Georges Lemaire
23.06.2004